Dans un poème célèbre, Aphra Behn s'inquiète de sa postérité et demande qu'on «
accorde à ses vers l'immortalité ». Pourtant la poétesse et dramaturge a eu beau
être reconnue et avoir du succès en son temps, elle n'en fut pas moins oubliée
et dédaignée jusqu'à ce que Virginia Woolf puis les féministes anglo-saxonnes
des années 1970 rendent hommage à cette pionnière. Espionne aux Pays-Bas,
aventurière, savante, voyageuse, elle rencontre les Amérindiens d'Amazonie et
assiste à une révolte d'esclaves au Surinam.
Aphra Behn est surtout l'une des premières écrivaines à vivre de sa plume et à
s'imposer sur la scène théâtrale londonienne. Ce succès lui coûta entre autres
un libellé sarcastique qui la qualifie de « pute et poétesse » (Punk and
Poetess), rappelant ainsi qu'une femme qui s'exprime sur la scène publique était
aussi perçue comme une femme publique.
Libre, indépendante, contestataire et féministe avant l'heure, Aphra Behn n'est
pas seulement une épigone singulière, elle pose aussi la question de la
légitimité, de la possibilité de créer et de la nécessité de se positionner
parfois à la marge des courants idéologiques dominants.