Si peu de mots pour un poème. Si peu pour dire pleinement le refus ou l'accord,
l'évidence ou le secret. Guillevic sait capter et transmettre. Tout signe venu
des êtres et des choses, il en fait un éclair, une force d'éveil de la réalité.
Pour lui, les mots sont les messagers lapidaires du monde. Ils surgissent du
souffle des pierres, du frémissement des arbres, de l'effroi des bêtes
abandonnées et du combat incessant des hommes. Guillevic sait d'un seul mot
accueillir le poème. Il est du côté des bourgeons qui rêvent aux fleurs sans
trop s'émouvoir des fruits. Ici le poète questionne et se divertit, vagabonde et
joue des tours. Il ne confie pas de recettes d'écriture et ses rares conseils
sont d'amicales chausse-trapes : Regarde au verso des mots,/Démêle cet
écheveau... Dans toute son oeuvre, Guillevic a observé l'instant de l'émergence,
le moment où la parole se donne. Ce qui fait surgir le poème, il l'a transcrit,
signalé et maintenu explicitement dans l'alliage constitutif du chant. Par là,
tous ses recueils apparaissent comme un immense art poétique célébrant la
présence au monde et la joie de créer : son art d'écrire est un art de vivre, et
réciproquement.