Dans le sillage des Pensées de Pascal citées en exergue, Bleuets est un objet
hybride quelque part entre l'essai, le récit, le poème. Deux cent quarante
fragments composent cette méditation poétique, intime et obsessionnelle autour
d'une couleur, le bleu. Le deuil, le sentiment amoureux, la mélancolie sont
autant de thèmes chers à Maggie Nelson ici abordés dans une maïeutique
convoquant l'art et la beauté entre deux digressions introspectives ou savantes,
des fantasmes de l'auteure à des approfondissements autour de la pensée de
Platon ou de Goethe, en passant par l'oeuvre d'un Warhol ou d'un Klein ou la
musique de Leonard Cohen. Laissons-nous séduire par cette déclaration d'amour
fou à une couleur, un livre à ranger précieusement entre les Fragments d'un
discours amoureux de Roland Barthes et Notre besoin de consolation est
impossible à rassasier de Stig Dagerman."Et si je commençais en disant que je
suis tombée amoureuse d'une couleur. Et si je le racontais comme une confession
; et si je déchiquetais ma serviette en papier pendant que nous discutons. C'est
venu petit à petit. Par estime, affinité. Jusqu'au jour où (les yeux rivés sur
une tasse vide, le fond taché par un excrément brun et délicat enroulé sur
lui-même pareil un hippocampe), je ne sais comment, ça a pris un tour
personnel."Traduit de l'anglais (États-Unis) par Céline Leroy