Ce texte, traduit pour la première fois en français, est l’une des contributions
les plus importantes et singulières au débat marxiste qu’ait apporté le monde
latino-américain. Le point de départ est offert à l’auteur par le livre du
social-démocrate belge Henri De Man, Au-delà du marxisme, qui fut à cette époque
au centre du débat également en Europe (voir par exemple les Cahiers de prison
d’Antonio Gramsci). Mariátegui sou- ligne avant tout que les attaques contre le
marxisme ne sont pas une nou- veauté, mais ont accompagné au contraire tout son
développement, depuis l’époque de Marx. En même temps, il ne refuse pas la
nécessité de développer le marxisme au-delà des propositions de son fondateur.
Mariátegui considère en effet que l’aspect le plus délétère du marxisme dominant
à son époque est constitué par l’hypothèque positiviste qui pèse sur lui. Cette
conception produit, selon lui, une vision fataliste de l’histoire qui conduit,
sur le terrain pratique et politique, à l’inertie. D’où l’exigence d’une forte
revendication de la subjectivité et de sa force de rupture. Son analyse des
phénomènes culturels montre une profonde affinité avec Gramsci. Toute la
dernière partie de Défense du marxisme est consacrée à la culture de la
réaction. Mariátegui analyse ces tendances de l’intérieur, à travers certaines
figures représentatives, surtout dans le cadre français. Il s’agit de la même
méthode de recherche qu’il avait employée, quelques années auparavant, face au
phénomène fasciste.