Les « nouvelles » ne sont pas bonnes. Les arbres de l’allée aux cerises ont
disparu. Et c’est à l’écriture de ce désastre que s’entête quelqu’un qui
voudrait pouvoir le raconter.
Le narrateur Waller, cherchant à décrire les arbres oubliés, se livre à fonds
perdu dans cette recherche à travers un paysage halluciné, où s’amoncellent
ruines sur ruines. Depuis le petit village de W. jusqu’à une déchetterie
fantastique, habitée par d’étranges personnages, un air de cloches transporté
par le vent d’Est accompagne de loin une dénommée Cendre qui se dépose et
s’infiltre partout, dans tout le récit.
« Raconte !... raconte ! » Telle est la tâche de cet horrible travailleur,
s’efforçant de prendre place dans « la cohorte des gens qui écrivent », dans ce
désert, jusqu’à se confondre avec lui.
La prose de Wolfgang Hilbig (1941-2007) — ouvrier de métier en RDA et lauréat
du prix Büchner — atteint ici des sommets où, par-delà les formes littéraires et
politiques, s’entendent les aventures les plus silencieuses et les plus
dramatiques de la pensée, exposées à ciel ouvert.