Durant plusieurs décennies, les oeuvres de Franz Kafka n'existent principalement
qu'en traductions, sauvées ainsi de l'oubli auquel les autorités soviétiques et
nazies les avaient condamnées. Les premiers traducteurs de Kafka, et ce dès le
milieu des années 1920, ne le deviennent pas par hasard. Paul Celan et Primo
Levi le traduisent à leur retour des camps, respectivement en roumain et en
italien. Bruno Schulz en polonais, avant d'être abattu en pleine rue par un SS ;
Milena Jesenská très amoureusement en tchèque avant d'être déportée et Jorge
Luis Borges en espagnol avant de perdre la vue. Son traducteur français,
Alexandre Vialatte, décèle en lui une nouvelle forme d'hilarité. Tous ses
traducteurs propulsent l'oeuvre de Kafka sur la scène du monde en y projetant
quelque chose d'eux-mêmes. Chacun peut, à sa façon, s'écrier : "Josef K, c'est
moi." Dans cet essai érudit et vivant, Maïa Hruska tire le fil des écheveaux
littéraires et politiques du xxe siècle pour révéler comment Kafka est devenu
Kafka.