Le traité Sur l'âme de Tertullien, l'un des textes fondateurs de l'anthropologie
chrétienne, n'a jamais été traduit en français. En 1948, Pierre Klossowski en
isola quelques chapitres consacrés au motif essentiel du sommeil et de la mort,
c'est-à-dire du lien entre l'âme et le corps ; c'est cette traduction, rendu
magistral d'un style virtuose qu'admirait Huysmans, que l'on propose ici. Le
traité de Tertullien se veut avant tout réfutation des thèses hérétiques sur le
sujet ; c'est étrangement par fidélité à la Bible qu'il adopte la théorie
stoïcienne suivant laquelle l'âme est un "corps", car si l'âme créée par le
souffle divin est immortelle du fait de son origine, elle est, en tant cette
fois que créature, limitée, sensible et passive. Le sommeil, le songe, la mort
marquent précisément les frontières où se joue cette union, les moments où
l'immatériel se détache du corps pour rejoindre les limites ou l'inouï ; et l'on
reconnaîtra incidemment, dans ces thèmes, quelques-uns des motifs essentiels du
futur auteur du Baphomet et du Souffleur.