Ce volume rassemble les poèmes considérés par Whitman comme « le sillage » de
ses mythiques Feuilles d’herbe, une poursuite de ses « explorations » poétiques.
Il s’ouvre avec Comme un oiseau puissant aux ailes libres, dont la rédaction
commence en 1872. Whitman a alors 53 ans, quelques années ont passé depuis la
guerre de Sécession, et l’heure est au futur et au renouvellement de la nation
pour le poète. Cet oiseau libre, c’est l’Amérique, des plaines, des forêts et
des fleuves, c’est le vaste pays sauvage que l’on parcourt porté par le vent.
C’est le soleil radieux, le grand ciel vide, les eaux du Potomac et l’éclosion
des roses rouges, les prairies verdoyantes et « le matin pourpre des collines ».
L’Amérique est pour Whitman la destination finale du navire humain,
aboutissement du temps, des nations et des époques, une terre où bâtir un futur
démocratique et apaisé : un « Nouveau Monde » encore à définir, dont la
dimension dépasse le présent et que seul le « futur » est à même accueillir.
Viennent ensuite les Échos du grand âge, derniers poèmes de Whitman, écrits
entre 1873 et sa mort en 1892, et publiés à titre posthume 1897. Poèmes en forme
de dernière envolée panoramique d’un poète qui réunit les derniers éclats
magnétiques d’un vol d’abeilles sauvages, d’une brise, de la lumière du jour et
du silence de la nuit, de l’aller-retour des marées. Un dernier regard paisible
sur la nature, dans l’attente non moins paisible de la mort. Après les souvenirs
des échos de la guerre, les naufrages, les spectres, des hommes déchirés,
Whitman « crée un décor, un chant » plein de lumière, plein d’une foi confiante
en l’avènement d’un monde moderne et réconcilié. Ces poèmes qui alternent
l’ampleur du souffle narratif et la sensualité lumineuse d’évocations aériennes
témoigne d’une époque où la poésie était une vision de la destinée de l’homme et
de la femme, un chant de progrès, d’émancipation et de paix. D’amour aussi, qui
est « le pouls de tout », et un désir d’atteindre à la Joie, dans une
célébration musicale de l’existence, de l’ordinaire beauté de vivre et de
respirer, ainsi que le résume Whitman avec la simplicité remarquable des grands
poètes : « être tout simplement – quoi de mieux ? »