Je me retourne et parcours la distance qui me sépare de cette enfant à la frange
blonde. Je la vois qui écrit. Elle forme des lettres. Sa chaise est serrée
contre la table ronde de la salle de classe, non loin de la fenêtre qui donne
sur la cour de l'école entourée d'une haie et d'une grille et remplie d'enfants
qui jouent. Elle est seule assise dans la salle commune, elle se rapproche
encore de la table en tirant sa chaise. Les avant-bras posés. Le corps penché,
le dos rond. Elle forme des lettres, lentement.
Où commence l'écriture ? Dans quel endroit de l'enfance, dans quelle partie du
corps (est-ce la main crispée sur le stylo ou le cou penché sur le cahier ?) ou
de l'espace (contre la table ? dans la lumière ? dans la pénombre ?), dans quel
lieu de l'imaginaire, dans quelles histoires, quels personnages ? Et de quoi se
nourrit-elle ? de souvenirs, de mémoire, de rencontres, des autres, des œuvres
anciennes ou contemporaines, des livres ? L'écriture est d'abord un geste par
lequel on tente de saisir le réel qui parfois se dérobe ou se brouille ? Ou bien
tente-t-on de le fuir ? C'est un souffle qui emporte, un élan ? ou le retrait en
soi le plus profond ?En une série de courts chapitres, Sally Bonn décrit des
pratiques concrètes et les objets de l'écriture, visite des musées ou des pièces
d'écrivains (Proust, Walser, Mallarmé) et regarde des images ou des graffs à la
recherche de ce qu'elle pense être le secret de l'écrit.Et ainsi nous
donne-t-elle à son tour la trace la plus fragile et la plus sensible qui soit :
le livre.