Walt Whitman, l'homme de l'espace américain, l'homme du surgissement, du
déferlement vocal, du souffle porté à sa plus vaste amplitude, cet homme-là se
dresse à jamais avec ses cris, ses rages, ses ferveurs. Tant d'énergie brute,
tant de puissante naïveté, tant d'intuitions sonores ne cessent d'activer le
coeur, d'exalter le corps. C'est la chance d'un bain de houle, avec en plus
cette joie singulière, hérétique en poésie, de voguer gaillardement sur de bons
sentiments. Whitman porte et emporte, provoque, prend par le bras, allonge le
pas, amplifie l'écho et révèle à chacun sa voix d'homme. "Solitaire américain
poussé comme un gratte-ciel dans un désert inculte de maisons à bas étages",
selon Jacques Darras, Walt Whitman apparaît bien aujourd'hui à cette place de
guetteur : il respire haut, il voit loin, il préfigure un monde fraternellement
habitable.