L’hybridité est une caractéristique majeure de Loránd Gáspár, qui mena sa vie
durant une activité de médecin-chirurgien en même temps que de poète, traducteur
et photographe. Son œuvre ne cesse de circuler du domaine médical au domaine
littéraire, d’un genre à un autre. Dès 1960, il a tenu des cahiers de notes,
contenant ses réflexions, griffonnées sur papier, parfois sur une ordonnance
entre deux patients, formant tour à tour des observations sur la médecine, la
douleur ou encore la poésie. Une pensée divagante, passant sans peine du
philosophique au poétique, du personnel au scientifique.
Feuilles d’hôpital, resté inédit à la mort du poète, est sans doute l’exemple le
plus représentatif de ce dialogue entre les disciplines. Reprenant l’essence de
Feuilles d’observation (éd. Gallimard, 1986) sous une forme plus construite et
mûrie par l’expérience, cet ouvrage commencé dans les années 1970, en continuel
chantier depuis lors, affirme et revendique son caractère composite, mêlant le
style poétique et l’essai, la réflexion philosophique et le développement
scientifique. Il condense les principales thématiques présentes dans l’ensemble
de l’œuvre poétique de Gaspar : pour le médecin-écrivain, la poésie est
susceptible d’investir en tant que langage de la vie toutes les dimensions de
l’existence humaine, y compris dans ses moments limites, la souffrance, la
maladie, la guérison.