« Le monde continue à tourner / dans mes rêves //Des orbites de paroles /
décrivent une poésie étrange // J'ai des galaxies intérieures // L'univers
alourdit / chacune de mes paroles ». Tel est le poème qui donne son titre à ce
nouveau livre d'Anise Koltz. Plus méditatif, plus détaché que les précédents.
Moins chargé d'images et de violences. Comme si une distance s'était creusée
avec le monde. À la sourde colère qui marquait beaucoup des précédents livres
succède ici une calme négation. Tranchante, résolue. Et plus que jamais teintée
de défi. Car Anise Koltz n'a rien abdiqué, bien au contraire, de sa liberté
souveraine. Lisons le premier poème de ce nouveau recueil : « Je porte en moi /
un derviche // Tournant autour de lui-même / en parfaite géométrie / avec le
cosmos// Qui connaît la kabbale / de ce tourneur mystérieux ? » La danse des
astres, le tournoiement intérieur sont ici des images récurrentes : « Ma tête
tourne / autour de soleils inconnus // Je m'éloigne de plus en plus / de
moi-même / divisée / en de nouvelles possibilités / de lumière ». Ou bien encore
: « Le courant de vie / qui me traverse / est sans retour // Lorsque je plonge /
en moi-même / je vois la terre entière / qui tourne dans mon sang ». Quelle plus
grande liberté que celle-ci qui se déploie à l'échelle du cosmos, et, en même
temps, quelle plus rigoureuse détermination ? À mesure de l'impatience qu'elle
nourrit à l'égard des dramatiques limitations de notre petite individualité,
Anise Koltz envisage comme une délivrance les règles mystérieuses qui président
aux destins du monde. Sans fin elle scrute les signes de ces réalités qui nous
dépassent et déconcertent notre faible entendement. Mais que peut un cerveau
humain, lui-même enfermé dans les mécanismes qu'il cherche à analyser : « Ma
tête / est une fourmilière / où grouillent des idées // La plupart /
s'entrechoquent / et explosent ». Notre conscience n'a d'autre liberté que
d'apprendre à repérer ce qui l'empêche : « Le langage travestit / la réalité //
Les mots ne couvrent pas / les objets // La vérité apprise / n'est qu'une
fiction du réel ». Tel est le sens du dernier texte de ce livre simple et
profond : « En chaque vie / il y a d'autres vies // Je suis devenue / somnambule
du jour // Chaque clarté / finit par s'obscurcir // Les paroles s'éteignent /
une fois prononcées ».