La personnalité de Hölderlin, poète-fou, exige, par son caractère exceptionnel,
de comprendre dans un seul mouvement son œuvre et son évolution vers et dans sa
folie, ce mouvement fût-il scandé comme une dialectique et multilinéaire comme
un contrepoint.A plus d’un moment, la voie la plus directe de la psychose, de
l’ÊTRE-PSYCHOTIQUE, se propose à Hölderlin : la question est fermée, bouclée
dans cette boucle du rapport duel, et peut-être même peut-on se demander si
cette solution ne vient pas remplacer une question qui n’aurait jamais existé,
historiquement, pour le sujet.Or le Poète rouvre, il ouvre la
question.Assurément c’est la question du père, dont il tente de rassembler les
débris « chus d’un désastre obscur » : ce n’est pas là un phénomène inconnu dans
la schizophrénie.Il rouvre l’absence du père ? Oui, mais ce n’est pas pour
désigner dans cette absence l’origine de ses maux ; c’est pour indiquer que seul
ce « défaut » peut « l’aider ».La poésie et le mythe hölderliniens tentent
désespérément d’instaurer cette sorte de troisième pôle, comme chargé d’une
énergie négative. Fonction bien précaire, mais qui maintient ouvert un certain
temps ce qui chez la plupart des psychotiques s’est fermé en mode d’être.Dans le
cas de Hölderlin, la question : schizophrène parce que poète – poète parce que
schizophrène ? perd son sens si elle peut en avoir un. Poète parce qu’il ouvre
la schizophrénie comme question, il ouvre cette question parce qu’il est poète.