Ce journal intime au second degré est peut-être le plus butorien des livres de
Butor, qui se réfère à tous ses livres précédents, implicitement ou
explicitement. Dans cet arrangement très savant le connaisseur retrouvera
repensés, réécrits, démontrés, des thèmes et des paysages familiers à Butor. Il
a son côté Portrait de l'artiste, son côté Mobile ou San Marco. C'est un livre
qui ne doit pas se lire de façon linéaire, mais où il faut aller et venir,
retrousser, rebrousser les pages, où il faut lire en tous sens. Dans cette
tapisserie de citations, d'allusions, apparaissent, dessinés dans la trame, le
thème de Berlin (autobiographique), le suicide par le feu d'une jeune bonzesse,
la légende de Psyché, des paysages. Cette construction savante est en même temps
la plus libre, et la plus inspirée.