Le jeu, avec ses règles pour ainsi dire fatales, c'est le jazz dans sa nature et
son évolution. Jouer le jeu, pour ses interprètes, peut prendre alors deux sens
qui ne s'excluent pas : celui d'une adhésion aux règles (qu'il faut
perfectionner, au besoin bouleverser peut-être, mais comme le veut la loi du
jeu) ; celui d'une recherche des règles individuelles qui, par le biais du jazz,
et comme en dépit de sa vigilance, permettent l'expression d'un lyrisme ou d'un
destin. Tel est un des thèmes de ces pages où - en raison de la position
centrale qu'il occupe entre mélodie et rythme - les variations ont été confiées
au seul piano : à quelques-uns de ses maîtres (Duke Ellington, Teddy Wilson,
Bill Evans), à plusieurs de ses figures dites secondaires, auxquelles il
convenait de rendre scrupuleusement leur dû. Jouer le jeu étend ainsi le champ
de la seconde partie de L'improviste, paru en 1980.