Force de Kafka. Politique de Kafka. Déjà les lettres d'amour sont une politique
où Kafka se vit lui-même comme un vampire. Les nouvelles ou les récits tracent
des devenirs-animaux qui sont autant de lignes de fuite actives. Les romans,
illimités plutôt qu'inachevés, opèrent un démontage des grandes machines
sociales présentes et à venir. Au moment même où il les brandit, et s'en sert
comme d'un paravent, Kafka ne croit guère à la loi, à la culpabilité, à
l'angoisse, à l'intériorité. Ni aux symboles, aux métaphores ou aux allégories.
Il ne croit qu'à des architectures et à des agencements dessinés par toutes les
formes de désir. Ses lignes de fuite ne sont jamais un refuge, une sortie hors
du monde. C'est au contraire un moyen de détecter ce qui se prépare, et de
devancer les « puissances diaboliques » du proche avenir. Kafka aime à se
définir linguistiquement, politiquement, collectivement, dans les termes d'une
littérature dite « mineure ». Mais la littérature mineure est l'élément de toute
révolution dans les grandes littératures. Kafka est paru en 1975.