Il semble désuet de parler de communauté. Notion vague qui renvoie
nostalgiquement à un passé lointain où des groupes restreints constituaient
l'essentiel du fait social. Et les temps modernes témoignent ou paraissent
témoigner non seulement de la perte définitive de l'idée de communauté, mais de
l'oubli de ce qui s'est perdu avec cette perte et cependant de ce qui s'est
maintenu dans cette perte même. Ce qui s'est maintenu et qu'il est nécessaire de
redécouvrir, c'est une exigence ancienne et nouvelle qui concerne l'avenir.
Qu'un écrivain, aussi important et, il faut le dire, aussi méconnu que Georges
Bataille, ait été fasciné par cette recherche où se jouait, avec son propre
sort, le destin de la communauté, du communisme et de la communication, voilà ce
qu'on a en général négligé et que Maurice Blanchot, à partir d'un essai de
Jean-Luc Nancy, s'est efforcé de retrouver, puis de mettre en lumière en
montrant (en essayant de montrer) les voies qui nous ont été ouvertes par
l'échec de plusieurs tentatives qu'il a suscitées et qui n'étaient pas destinées
à réussir (Contre-attaque, Acéphale, le Collège socratique). Mais de quelle
communauté s'agit-il ? Qu'est-ce qui se cache ou se dérobe sous ce nom de
communauté ? Et comment un événement aussi singulier que celui de Mai 68 et
aussi apparemment banal que la manifestation de Charonne peuvent-ils nous aider
à poser cette question et à concevoir certaines réponses possibles ? Enfin,
comment un récit, tel que celui que Marguerite Duras a intitulé La Maladie de la
mort et qui semble, du moins à une lecture superficielle, le plus éloigné des
enjeux dont nous apprenons ici à reconnaître l'importance, peut-il à son tour
nous ouvrir des perspectives nouvelles, dans la mesure où il nous met en
présence de la plus inavouable des communautés, par le biais d'une écriture
surprenante où la communication littéraire s'expose en même temps qu'elle
s'abolit ? Voilà quelques-unes des interrogations, parmi d'autres, que nous
impose la lecture de ce livre. Car c'est finalement notre temps lui-même qui est
interrogé dans son avenir menacé, avenir énigmatique où vacille la possibilité
d'un futur. La Communauté inavouable est paru en 1984. La Maladie de la mort, de
Marguerite Duras, est également disponible en numérique.