La Divine Comédie n'est pas seulement le monument majestueux d'une culture
passée : c'est un poème vivant qui nous touche de près, et qui sans cesse nous
surprend. Car pour relater son périple à travers les trois royaumes des morts,
Dante bouleverse les représentations traditionnelles, affronte l'indicible, crée
une langue : sa hardiesse poétique préfigure celle des grands inventeurs de la
modernité en littérature, de Rimbaud à Joyce, en passant par Kafka et Proust.
Animé par une ambition folle - celle de rendre les hommes meilleurs et plus
heureux, par la conscience du sort qui les attend après la mort -, il décrit
tour à tour le gigantesque entonnoir de l'Enfer et ses damnés en proie à mille
tourments ; la montagne du Purgatoire, intermédiaire entre l'humain et le divin,
peuplé d'anges, d'artistes et de songes ; le Paradis enfin où, guidé par
Béatrice, le poète ébloui vole de ciel en ciel avant d'accéder à la vision
divine. Et le parcours initiatique se termine lorsque, au plus haut terme de sa
vision, le héros s'absorbe dans l'absolu. Dans "l'amour qui meut le soleil et
les autres étoiles". J.R.