Rien moins qu’une réécriture de l’Odyssée, La femme de personne est un poème en
train de se faire, une matrice qui ne cesse pas de faire et de défaire : maille,
toile, texture dont la matérialité même défigure et refigure, décode et recode
l’épique poème de tous les poèmes.
Et avec lui le héros de tous les héros qui donne son nom à l’épopée,
l’hégémonique masculin mis lui aussi à l’épreuve, sur le métier : Outis, Odyss,
Ulysse... Personne.
La femme de personne peut bien s’appeler Pénélope, la femme de, mais La femme de
personne n’appartient à personne. Reprogrammation, bifurcations, renversements
de perspectives et trouées dans la toile homérique ainsi réactualisée
constituent la trame de cette poétique
de l’ère scientifique.
Un va-et-vient entre l’antique et grouillante matière épique, amoureuse et
guerrière, et le propre texte de Barbara Köhler (1959-2021) qui s’engendre ici
comme par lui-même, au fur et à mesure qu’on le lit, qu’on l’écoute.