La culture occidentale n’a cessé de représenter les manières dont l’amour fait
miraculeusement irruption dans la vie des hommes et des femmes. Pourtant, cette
culture qui a tant à dire sur la naissance de l’amour est beaucoup moins prolixe
lorsqu’il s’agit des moments, non moins mystérieux, où l’on évite de tomber
amoureux, où l’on devient indifférent à celui ou celle qui nous tenait éveillé
la nuit, où l'on cesse d'aimer. Ce silence est d’autant plus étonnant que le
nombre des ruptures qui jalonnent une vie est considérable. C’est à l’expérience
des multiples formes du « désamour » que ce livre profond et original est
consacré. Eva Illouz explore l’ensemble des façons qu’ont les relations
d’avorter à peine commencées, de se dissoudre faute d’engagement, d’aboutir à
une séparation ou un divorce, et qu’elle désigne comme des « relations négatives
». L’amour semble aujourd’hui marqué par la liberté de ne pas choisir et de se
désengager. Quel est le prix de cette liberté et qui le paye ? C’est tout
l’enjeu de cet ouvrage appelé à faire date, et qui prouve que la sociologie, non
moins que la psychologie, a beaucoup à nous apprendre sur le désarroi qui règne
dans nos vies privées. Eva Illouz est directrice d’études à l’EHESS. Elle est
notamment l’auteure de Pourquoi l’amour fait mal et des Sentiments du
capitalisme, publiés aux Éditions du Seuil, et récemment de Happycratie. Traduit
de l'anglais par Sophie Renaut.