La joie est, par définition, illogique et irrationnelle. La langue courante en
dit là-dessus plus long qu’on ne pense lorsqu’elle parle de “joie folle” ou
déclare de quelqu’un qu’il est “fou de joie”. Il n’est effectivement de joie que
folle ; tout homme joyeux est à sa manière un déraisonnant.
Mais c’est justement en cela que la joie constitue la force majeure, la seule
disposition d’esprit capable de concilier l’exercice de la vie avec la
connaissance de la vérité. Car la vérité penche du côté de l’insignifiance et de
la mort, comme l’enseignait Nietzsche et l’enseigne aujourd’hui Cioran. En
l’absence de toute raison crédible de vivre il n’y a que la joie qui tienne,
précisément parce que celle-ci se passe de toute raison.