Dès sa création en 2004, le jury du Prix du Patrimoine Nathan Katz a souhaité
encourager la traduction des poèmes écrits par Arp en langue allemande et a
demandé à Aimée Bleikasten de traduire la première partie des poèmes réunis dans
Gesammelte Gedichte III dont elle venait d'assurer l'édition originale en Suisse
(Arche Verlag, 1984). Les textes traduits ont été publiés en 2005 sous le titre
Sable de Lune. Le présent volume regroupe les derniers poèmes des Gesammelte
Gedichte III. Sont repris ici les poèmes de Logbuch des Traumkapitäns (1983),
depuis longtemps épuisé. Ce qui caractérise la poésie de Jean Arp, c'est son
refus des grandes orgues de la rhétorique, fût-ce une rhétorique libérée et
rénovée comme celle d'un Breton ou d'un Aragon. Il y a chez lui un parti pris
sincère de simplicité, quelque chose d'opiniâtrement enfantin qui l'a protégé
toute sa vie contre les tentations de l'imposture et de la grandiloquence.
Simplicité du geste, simplicité du dire. Sa poésie dit la table et le nuage, le
voilier et la forêt, l'ange et la rose. Elle nomme et conte sans expliquer, et
lorsqu'elle se fait lyrique, c'est à fleur de mots, avec une narquoise pudeur.
Rien qui pèse ou qui pose. Dans la simplicité Arp trouve sa force, sa liberté et
presque sa morale : elle sauve ce joueur invétéré de la vanité de la comédie. La
conscience permanente de la mort tapie dans l'ombre, et qui a toujours le
dernier mot, est indissociable de l'humour arpien qui, sans être nécessairement
noir, a presque toujours partie liée avec le funèbre. En 1950 il écrit avec une
sagesse désabusée : « L'humour / c'est l'eau de l'eau-delà / mêlée au vin
d'ici-bas » (Jours effeuillés, 362).