La Jérusalem d’or est le livre de réconciliation des identités juives et
américaines de Charles Reznikoff. Entre évocations quotidiennes, chant biblique
et conclusion philosophique, le recueil, porté par l’écriture objectiviste
caractéristique de l’auteur, semble tendu entre lieu et histoire, entre
Manhattan et Jérusalem. Pas d’exil ici, mais des rues étranges. Au milieu des
vieux journaux abandonnés, des boîtes de conserves, des chewing-gums, des
emballages, Reznikoff cristallise une vision de l’origine et de la modernité,
dans un jeu de visions sous-jacentes. L’origine remonte de toute chose, en toute
chose animée de sous la terre, qui porte en elle la mémoire des matériaux qui la
fondent. L’attention du poème est à la présence du monde, aux gouttelettes du
monde, au scarabée silencieux. Dans cette Amérique du début du XXè siècle,
soudain les voitures, les usines, le métro, sont un arrière plan. Reznikoff
porte son regard sur les arbres, la densité des feuillages, sur les pétales dans
l’air, le ciel bleu, les miroitements du soleil sur l’eau au milieu du vacarme
des rues. Tout ce qui est en vie entre le passage des humains. Dans un geste qui
efface la ville, ou qui en renverse la domination, le poème s’attarde sur un
oiseau sautillant seul dans la rue déserte avant de s’envoler. C’est une quête
de la permanence dans le cycle du vivant. Dans la mort et le refleurissement.
L’irruption du fabuleux, dans ce cheval qui traverse au milieu de la
circulation, comme une émanation de légende. Le merveilleux des contes toujours
renouvelé, en quête profonde de simplicité, une célébration du monde au cœur du
béton.