La langue du garçon enquête : Où en sommes-nous de nos désirs, où en est l'amour
? On dit qu'il est fini, aurait-on perdu la tête ? La langue du garçon cherche
où se situent nos corps contemporains par rapport à la volupté. Où est ce qui
nous trouble ? Et comment manifester ce trouble ?
Si elle part de l'affirmation d'un désir gai/gay, la langue du garçon propose
une masculinité bien différente : elle aborde le garçon comme celui qu'on
embrasse, et qui, dans ce moment, perd sa langue, en retrouve une autre et
devient différent de lui-même. Dans l'embrasement, le garçon est peut-être une
fille, ou rien de tout cela : la masculinité se fluidifie dans la métamorphose
poétique des choses, des corps, des notions, des éléments. La langue du garçon
est montage alterné de poèmes courts « feux » et « frais », d'un essai-poème
narratif sur les rapports entre les corps inflammables de l'été et la poésie
incendiaire voire émeutière, et d'un texte sur le saisissement du jeu voluptueux
entre deux filles bien vivantes et la statue de marbre du Niobide mourant. Par
cette constellation de textes, de dessins et photographies, La langue du garçon
poursuit en la déplaçant l'enquête poétique que Vincent Broqua avait inaugurée
avec Photocall, projet d'attendrissement (prix du roman gay 2021 mention
poésie).
Parce que le feu et le frais sont liés au désir et à l'amour, La langue du
garçon s'empare du feu et du frais pour les regarder se mouvoir dans toutes
leurs contradictions. Pourquoi tout brûle ? Quelle est la langue de la brûlure ?
En quoi cela nous concerne-t-il et en quoi cela concerne-t-il la poésie ?
Pourquoi l'écriture poétique est-elle une technique particulièrement efficace
pour écrire les corps en transformation et nos attachements incertains ? La
plastique de la poésie, sa capacité métamorphique invente des formes peu
orthodoxes comme on accueille des formes amoureuses autres que celles qu'on
croyait connaître.
Ce livre pratique la poésie comme incendiaire du réel. Comme une suite à « Sous
les pavés la plage », il affirme « Derrière les plages, les dunes » : une
propulsion de la langue qui nous brûle de tendresse dans la légèreté estivale.
Une poésie bien concrète, aussi réelle que les étoffes dont on se frotte la peau
pour retirer le sable collé sur le corps.