André Dhôtel (1900-1991), qui se voulait un artisan de la littérature, aimait
sans doute les choses bien faites et le travail mené à son terme. Aussi
consacrait-il l’essentiel de ses efforts aux romans qu’il publiait avec une
remarquable régularité, ainsi qu’aux divers textes de commande et de
circonstances qui incombent à tout écrivain un tant soit peu reconnu. Jamais, en
revanche, il ne s’est abandonné aux vertiges de l’introspection, de
l’automatisme ou des réécritures à l’infini. Les carnets, les journaux intimes,
les brouillons multiples ne sont pas son affaire. L’essentiel de son œuvre est
au grand jour, comme lui-même, et il ne laisse guère d’inédits aux antiquaires
de la postérité.
Le seul qui nous soit parvenu, rédigé entre 1942 et 1945, porte un titre
éminemment dhôtélien : La littérature et le hasard. Publié une première fois en
2015, ce document rare et précieux est aujourd’hui réédité. Plus de dix ans
après sa découverte, il confirme la justesse d’une intuition : si Dhôtel abordait
son travail de romancier avec une modestie exemplaire, il en avait pourtant une
haute idée, et n’avait cessé d’en méditer les mystères et les difficultés.