« L’héritage principal de la Nouvelle Vague est donc aujourd’hui, pour le
meilleur et pour le pire, le « cinéma d’auteur », dont l’existence dépend de
ceux – critiques, professionnels, cinéphiles éclairés, institutionnels – qui ont
le pouvoir de le désigner comme tel. »
Au tournant des années 1960, la Nouvelle Vague marque une nouvelle façon de
faire du cinéma, plus personnelle, plus libre, qu’illustrent les noms de
François Truffaut, Jean-Luc Godard, Louis Malle pour la réalisation, Anna
Karina, Jeanne Moreau et Brigitte Bardot pour l’interprétation.
Caractérisée par une libération de la mise en scène, des dialogues au langage
réaliste, une rupture dans le montage des images mais aussi par une critique
politique de la société de consommation et des normes morales bourgeoises, la
Nouvelle Vague revêt par ailleurs un visage créateur masculin et véhicule des
représentations genrées. La valorisation de l’esthétique formelle, la défense
d’un cinéma d’auteur d’inspiration hollywoodienne mais distinct du cinéma
populaire, ont souvent concouru à l’invisibilisation du traitement des
personnages féminins dans les films de cette jeune avant-garde.
Geneviève Sellier livre ici une des premières analyses féministes du discours
porté par les critiques de la Nouvelle Vague (Les Cahiers du cinéma et Positif),
une étude de son contexte d’émergence et enfin une analyse cinématographique des
œuvres du mouvement, notamment des films alternatifs et progressistes traitant
des rapports homme-femme (Alain Resnais, Jacques Rivette, Agnès Varda, etc.).
Loin d’une analyse monolithique, cette pionnière française de la critique du
cinéma en termes de genre propose une nouvelle épistémologie, une histoire
politique du cinéma d’avant-garde des années 1960 et une théorie critique de la
réception de la Nouvelle Vague.