Tout commence à la tombée de la nuit quand, dans les années
1830, un certain nombre de prolétaires décident de briser le
cercle qui place le sommeil réparateur entre les jours du salaire :
cercle d’une existence indéfiniment vouée à
entretenir les forces de la servitude avec celles de la domination, à
reproduire le partage qui destine les uns aux privilèges de la
pensée, les autres aux servitudes du travail. Le rêve
éveillé de l’émancipation ouvrière est
d’abord la rupture de cet ordre du temps qui structure l’ordre
social, l’affirmation d’un droit dénié à la
qualité d’être pensant.Suivant l’histoire d’une
génération, ce livre met en scène la singulière
révolution intellectuelle cachée dans le simple nom de
« mouvement ouvrier ». Il retrace ses chemins individuels
et collectifs, ses rencontres avec les rêves de la communauté et
les utopies du travail nouveau, sa persistance dans la défection
même de l’utopie.