L'Arbre-Seul, que les chrétiens appelaient l'Arbre-Sec, se dressait aux dires
des légendes au bord du monde connu, quelque part du côté du Khorassan. Cet
épouvantail du désert marquait la limite des terres autorisées. Au-delà
s'ouvraient les espaces interdits, maudits, impensables parce que volontairement
soustraits au champ de la pensée, de l'errance et du songe. Le poème a pris
l'Arbre pour repère, pour aimant. Comme s'il s'agissait d'un appel à forcer le
passage, d'un signe à inverser. Et du voyage en Orient aux multiples départs, le
corps et l'esprit ne sont jamais tout à fait revenus. L'Afghanistan, l'Inde,
l'Himalaya, la Route si ravagée de la Soie ont ravivé le mystère et l'exaltation
d'être, ici ou à mille lieues, si intensément présent. L'Arbre-Seul est le poème
des deux versants du monde, avec miroirs de lumière et d'ombre, souffles de
sable, poussières d'éternité, fureurs, jubilations et "paroles ailées". C'est un
ample parcours à suivre comme une partition polyphonique, comme une
improvisation aux rythmes divers, parfois contraires, et qui compose au sens
fort un livre de poésie, qu'Alain Borer tient pour "le plus tonique depuis
Alcools d'Apollinaire".