"On connaît les ingrédients des récits ; je n'en refuse aucun, et voici de la
conversation, de l'amour, de l'amitié, des rencontres, de la mort, des
lectures..., mais tout cela est également ce qui fait la vie. M'intéresse le
portrait que les uns tirent de l'autre à travers cette boîte qu'on appelle la
tête. Et dans la tête m'intéressent surtout les yeux, qui sans cesse
transforment le visible en pensée par une opération dans laquelle la
ressemblance tient lieu de vérité. N'en va-t-il pas du vécu comme du visible ?
Ils s'articulent inséparablement dans ce mensonge qui, en les disant, en les
écrivant, court après la vérité - et qui les fixe en quelques instantanés très
ressemblants. Il n'y a pas de suite, mais un perpétuel fondu enchaîné qui fait
comme si. On rêve d'un miroir à trois faces qui permettrait de voir la vie de
dos. On écrit dans ce sens, et puis, après tant de livres axés sur l'intérieur,
sur l'ordre du dedans, ce 19 octobre 1977 remet le je du narrateur à sa place de
simple figure optique. Du coup, tout n'est que matériau de la pensée.Toujours et
malgré les innombrables leurres, la pensée assemble et permute de l'extérieur.
C'est pourquoi ce livre est aussi le premier monologue extérieur."