Les communautés affinitaires dissidentes remontent à la plus haute antiquité.
C’est leur histoire tumultueuse, semée de persécutions, que Kenneth Rexroth
relate dans ce livre, publié aux États-Unis en 1974, au soir de sa vie de poète
et d’en-dehors. Les millénaristes du Moyen Âge et de la Renaissance puis les
communautés utopiennes des deux derniers siècles ont incarné la quête optimiste,
souvent ardue, du partage des ressources et des émois, inspirée par le rejet de
l’ordre établi. Ces courants très divers – ascétiques ou orgiaques, mystiques ou
« matérialistes » – constituent une tendance historique constante que Rexroth
nomme le communalisme Jusqu’au temps des Lumières, c’est sous la bannière de la
vérité divine que s’accomplirent toutes les expériences communalistes. Retour
aux traditions chrétiennes originelles ou révélation de la cité idéale,
l’argument religieux a longtemps fondé toute exigence de justice sociale et
articulé toute pratique collective subversive – des Frères du Libre Esprit aux
tendances communistes de la Révolution anglaise. Ce récit montre ensuite comment
une foi teintée de messianisme a continué d’imprégner les tentatives de mise en
commun, même quand elles étaient laïques et « scientifiques » – comme celle des
fouriéristes, icariens et autres anarchistes, à une époque où la révolution ne
semblait pas impossible. Rexroth évoque aussi longuement les communautés
affinitaires qui se sont formées aux États-Unis jusqu’en 1974, sujet méconnu en
France. Ce livre sortira, en France, en mai 2019 – en un printemps qui suivra un
« hiver du mécontentement » (bien entamé à ce jour) et pourrait fort bien le
prolonger. Ces périodes de troubles sociaux sont généralement propices aux
interrogations, notamment celles de la jeunesse, sur la nature inégalitaire et
grisâtre, coercitive et lacrymogène de la société – ce manuel d’histoire
subversive, très instructif à cet égard, tombera donc à pic.