Le monde contemporain est saturé d’images, d’informations, de fictions. Tout
s’expose, selon la logique du capitalisme attentionnel. Le hors-champ échappe à
ce flux et ce diktat de visibilité : il est ce que l’image ne montre pas mais
vers lequel elle fait signe grâce à une série d’indices visuels, sonores ou
narratifs. Il n’est donc ni un manque ni une marge mais un élément essentiel de
tout dispositif de représentation du réel.
Transposé des arts visuels au domaine de l’écriture, le hors-champ déploie sa
puissance esthétique comme politique. Il est un lieu dans lequel se trament des
ellipses et des silences mais aussi d’autres manières de dire et donner à voir.
Là s’affirme une poétique du récit, épousant les fantômes et chaos de
l’Histoire. Figuration paradoxale de l’irreprésentable, le hors-champ n’est pas
uniquement une résistance à la surproduction culturelle et médiatique mais bien
un révélateur. Il est une « absence actualisable », affirmant que « représenter
est tout sauf montrer ».
Abordant aussi bien des œuvres visuelles (Michelangelo Antonioni, Sophie Calle,
Jean-Luc Godard, Alice Guy, Bill Viola...) que littéraires (Georges Perec, Assia
Djebar, Italo Calvino, Svetlana Alexievitch, Arno Schmidt…), Marie Kondrat fait
d’une notion d’abord cinématographique un puissant outil de réflexion critique
sur le monde contemporain.
Née en 1988 en Ukraine, Marie Kondrat est professeure de littérature générale et
comparée à l’Université de Lausanne (Suisse) et également traductrice.