Le lieu de l'écrit
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Au départ, il y a l’invitation à répondre à cette question du poète Philippe
Beck : la poésie est-elle le cœur de la littérature ? Question balayée par la
remise en cause par Louise Desbrusses de la pertinence de telles catégories dans
son rapport à l’écriture. Son premier constat place le rejet de ces catégories
dans une praxis continue de la connaissance et du savoir, terreau de son
écriture. « Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour ne pas savoir. Pour ne
pas savoir ce qu’est LAPOÉSIE. Pour ne pas savoir ce qu’est lalittérature. Pour
ne pas y penser. À ce que c’est. Penser à ne pas y penser a été pour moi la
condition de l’écriture. » L.D. Le lieu de l’écrit est une suite de constats
numérotés. Allant de la description de sa situation d’écriture à la recherche
des origines d’un tel rapport au texte, puis à la définition des conditions de
son écriture, le texte nous emmène sur un chemin de possibilité et de
circulation en dehors des dualismes et catégories bornantes. « Écrire pour moi
est à propos de désapprendre. Et désapprendre plus que tout ce que je ne sais
pas que je sais. Désapprendre a quelque chose à voir avec tout ignorer
Désapprendre n’a rien à voir avec tout ignorer. L’ignorance que l’on retrouve
n’est pas la même que celle que l’on a perdue. » L.D. La description de sa vie
de lectrice nous guide dans l’élaboration de son rapport au(x) monde(s) : monde
matériel et monde des livres, monde mort, monde vivant et concentré de vie.
Louise Desbrusses nous invite par l’écriture à regarder les passages de l’un à
l’autre, et à aborder ces portes sans certitudes, ni préjugés. « Dès l’instant
que je cesse de vouloir, de vouloir penser, de penser, de penser contrôler, dès
l’instant que je me livre aux questions sans chercher de réponse, du moment que
je reviens à l’ignorance consentie, la porte s’ouvre qui conduit en des lieux où
naissent des textes inconnus, des textes que je ne connaissais pas, des textes
inattendus, des textes que je n’attendais pas, que je n’aurais jamais pensé
écrire, qui me surprennent moi-même. » L.D. Voilà plus de dix ans maintenant que
ce texte a été écrit. Sa lecture a convaincu les murmurations qu’il était
toujours d’actualité. Au fil des échanges avec l’autrice, son caractère de
manifeste nous est apparu. Il définit en effet un rapport clair de l’autrice à
l’écriture et aux fonctions dont elle l’investit. Ce texte est également une
invitation aux lecteur·ices à regarder et à arpenter, s’iels le souhaitent, ce
possible de l’écriture. Les échos avec d’autres écritures contemporaines se font
sentir. Voilà pourquoi nous souhaitons remettre en circulation ce texte pour
éclairer les réflexions et les démarches sur le corps et l’écrit. « J’écris
depuis tout ce qui rampe le long de mes nerfs, de mes tendons, de mes muscles,
de mes os, en hurlant, en riant, en mourant, en naissant, en renaissant. » L.D.
Car Le lieu de l’écrit est également manifeste en ce qu’il met à jour les liens
tissés dans la pratique de l’autrice entre le corps et l’écriture, l’écriture
comme une pratique du corps. À la même époque que Le lieu de l’écrit, Louise
Desbrusses a écrit le texte de la conférence performée, Le corps est-il soluble
dans l’écrit ? qui lui aussi vient interroger, cette fois en liant danse et
mots, les représentations dépassées des liens entre corps et écriture :
« Souvent j’écris court, Toujours j’écris depuis mon corps, Depuis mon corps
tout entier, Des textes écrits pour le corps tout entier de celles et ceux qui
les liront peut-être. » L.D.
Le lieu de l'écrit
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