Baroque, marquée un temps par le surréalisme, l'oeuvre visionnaire et novatrice
d'Herbeto Helder semble vouloir capter et restituer, dans des formes longues
d'une extraordinaire densité, les pures énergies qui traversent les êtres et les
choses. Pour Gastão Cruz, son langage est une "vision de la vision, une
ré-vision du "rêve de l'enfant" émergeant du "chaos maternel"". Si la
psychologie et la biographie sont apparemment absentes de son écriture, le corps
dans ses multiples formes et fonctions y est le lieu constant où se révèle un
monde surgissant d'un flot continu de métaphores surprenantes, à prendre
littéralement, qui s'entrechoquent avec rigueur et démesure. Mais ce magma
incandescent n'est jamais en repos : Helder réorganise perpétuellement son
oeuvre complète, régulièrement rééditée, rajoutant rarement, mais évidant,
condensant, éliminant à la manière d'un sculpteur. La grande force de cette
oeuvre "construite sur la chair et le temps" voit l'influence de son auteur,
malgré son retrait total de toute vie sociale, croître d'année en année au
Portugal et gagner un lectorat plus vaste, et il apparaît chaque jour davantage,
un peu à la manière d'un Michaux en France, comme un des phares de la poésie
européenne.