Les poèmes de Victoria Xardel, tout comme sa manière d’inventer des revues,
expriment une mélancolie sans mélancolie tandis qu’est revendiquée une forme de
fragilité — droit de trébucher et balbutiement comme un principe.
Bien qu’elle n’hésite pas à affirmer : Nous voulons vivre libres et heureux. Et
c’est dans ce but déraisonnable..., elle choisit de laisser sa phrase en
suspens. Ses livres et ses revues travaillent dans l’espace ménagé par cet
inachèvement.
Rattrapée par une époque qui rend aux hommes toujours plus difficile de
reconnaître et de nommer leur propre misère, Victoria Xardel interroge la
possibilité pour la poésie de frayer un chemin vers la lucidité, condition de
l’émancipation.
Le zbeul qui sert de titre à son texte, c’est l’ordure en arabe. Et «mettre le
zbeul», c’est «foutre le bordel». Le déraisonnable est à la mesure du désir de
vie, il consiste à déranger l’ordre mortifère du langage. Dans l’écriture de
Victoria Xardel, c’est méthodiquement que le désordre est recherché,
précautionneusement, sans illusions excessives mais sans renoncements d’aucune
sorte non plus.