L'histoire incite nécessairement les créateurs de notre temps à penser à partir
de catastrophes - guerres mondiales et génocides - inaugurales pour la raison et
pour notre indispensable croyance en la légitimité et la perfectibilité de
l'humanité. Mais ce désastre placé à l'orée du geste de création ne peut pas
être un horizon pour l'homme. Le seul horizon raisonnable et joyeux consiste au
contraire à trouver les moyens du dégagement, de l'échappée et de la
réinvention, en pleine conscience du pire possible. Il s'agit, pour chacun,
créateur ou pas, de comprendre comment édifier le bonheur à partir de notre
connaissance du désastre. Plutôt qu'expression nécessairement tournée vers
l'ombre, Belinda Cannone voit dans l'écriture la manifestation de notre volonté
d'étreindre - le monde, la réalité rugueuse ou douce - et de célébrer notre
présence au monde, notre désir de vivre. Parce que ce désir majuscule se
concentre particulièrement dans le désir sensuel et dans l'amour, s'y donne à
voir dans son aspect le plus concentré, le plus beau, cet essai entrelace la
narration du désir qui meut l'écrivain à des réflexions sur le désir érotique.
Il révèle le désir de connaître que les romans manifestent, et qui nourrit la
lecture. Ce qui compose l'étrange et sinueux tracé de la littérature et de notre
existence.