On sait aujourd'hui que la composition des premiers sonnets des Chimères suivit
de près l'ensemble des versions de "poésies allemandes" que Nerval avait
réalisées. Loin de constituer une occupation annexe ou d'être un simple
exercice, "la traduction fut pour lui, selon Gérard Macé, une expression à mots
couverts, qui lui a permis de donner libre cours à ses fantasmes et ses
hantises, sans avoir à les déclarer en son nom propre, et l'on peut penser que
les”poésies allemandes” ont été bienfaisantes pour Nerval : du point de vue
mental, ce ne fut que provisoire, et peut-être incertain, mais du point de vue
poétique ce fut déterminant. Grâce à Goethe, Schiller, Klopstock, Uhland, Bürger
et Heine, Nerval a pu tourner le dos à la versification machinale et stérile à
laquelle il s'adonna dans ses ”vers de jeune homme”, pour reconnaître ce qui au
fond n'appartenait qu'à lui, puis nous donner des vers dont le charme est si
troublant qu'il ne doit plus rien au métier." Avec ce recueil publié après celui
des Chimères, c'est tout un jeu de correspondances, pareil à un jeu de miroirs,
qui se révèle ; c'est aussi un fascinant processus de création qui vient au
jour.