"L'enfance, ce chemin de ronces, je m'en suis extirpé avec tant de hâte. Elle
réside tout entière, images, goûts, sensations, entre les parois de cet immeuble
du quinzième arrondissement de Paris, chez mon père, où j'ai croupi dix ans, du
jour de la mort de ma mère à mes quinze ans. Je n'y pense jamais, mais la nuit
je le retrouve en rêve, cet appartement. Il me retrouve. Toujours le même
scénario dont je me réveille comme un fugitif traqué, rassemblant quelques
objets dans le désordre et sous la menace d'une apparition paternelle. Il n'y a
jamais eu aucune photo de moi ici." Ouvrir la porte de l'appartement honni.
Retracer pièce par pièce les souvenirs de ce qui s'est joué jadis avec le père.
Puis partir en ayant pris soin de laisser l'enfance là où elle a eu lieu,
encagée elle aussi. C'est le rêve, intime et universel, des enfants grandis, un
rêve que Hugo Lindenberg met en scène dans une langue somptueuse.