Publié en mai 1870 à la veille de l’insurrection de la Commune de Paris, Les
enfants du Peuple est un recueil d’une quinzaine de chroniques où Jules Vallès
livre un vibrant plaidoyer pour les déshérités et une critique féroce des
institutions du Second Empire. Abordant des sujets aussi divers que
l’enfermement via le récit de son séjour à la prison de Mazas en 1853 ou
l’évocation du coup d’état du 2 décembre 1851, on retiendra également sa
critique consacrée aux arts et à la littérature. Présent lors de la fameuse
représentation d’Hernani, Vallès qualifie Victor Hugo de superbe monstre sans
cerveau ni cœur, simple statue creuse qui vibre au moindre rayon de gloire.
Baudelaire n’est pas moins épargné, quand Vallès – non sans un certain manque de
discernement (!) – dit de lui : Poète, il ne l’était point de par le ciel, et il
avait dû se donner un mal affreux pour le devenir : il eut une minute de gloire,
un siècle d’agonie : aura-t-il dix ans d’immortalité ? À peine !
On le voit, la plume est nerveuse et sans concession, mais ce qui se joue alors
pour Vallès c’est une vision d’un art réaliste face au romantisme d’alors qu’il
juge étranger à la vraie vie, ainsi : il ne faut plus ricaner ou gémir, mais
agir et surtout serrer de près la réalité ; pour la peindre, ayons à notre
service une langue franche et claire que tous pourront comprendre, les gens de
la foule comme les petits conspirateurs d’écritoire. Il ne s’agit pas d’écrire
avec des mines de finassier, mais de parler clair et franc, en plein soleil !