Livre voué aux découvertes, aux exploits et à la geste de Vasco de Gama, poème
d'un voyage qui changea les relations de l'Occident et de l'Orient, première
épopée européenne, si l'on entend par là un chant héroïque dans lequel l'Europe,
incarnée en un petit peuple, s'assume comme médiatrice dans un échange destiné à
devenir universel, Les Lusiades concourent puissamment à la mutuelle
reconnaissance de peuples et de cultures jusque-là étrangers les uns aux autres.
En cela Les Lusiades apparaissent, avant tout et éminemment, comme le poème des
rencontres, de la découverte craintive ou éblouie des autres. Et c'est avec un
sens aigu du récit que Camoëns compose cette avancée dans l'inconnu, sans cesser
de la célébrer en tant que portugaise, chrétienne et européenne. "Portugais,
nous sommes de l'Occident, / Nous allons à la recherche de l'Orient", proclame
Camoëns avec une remarquable "simplicité épique" selon la formule d'Eduardo
Lourenço. En un seul distique tout est dit : la vérité de la géographie et de
l'histoire, mais aussi le sens transcendant de l'aventure, pour ne pas dire son
sens initiatique. Du royaume de la nuit aux sources du jour.