"Témoignage", était-il écrit sur la première page du manuscrit rédigé d'une
traite à l'été 1940, puis dissimulé en attente de jours meilleurs, et finalement
publié en 1946 aux Éditions Franc-Tireur, émanation du groupe résistant dans
lequel Marc Bloch s'est engagé jusqu'à son arrestation au printemps 1944. Le
"plus vieux capitaine de l'armée française", comme il aimait se décrire,
combattant de 1914 devenu engagé volontaire en 1939, y propose autant un examen
de conscience qu'une analyse sans concession de la France battue en quelques
semaines. Pour réaliser cette histoire immédiate, il met à profit ses
compétences d'historien des sociétés et des mentalités du Moyen Âge, tout en se
tournant vers l'avenir : "Un jour viendra, tôt ou tard, j'en ai la ferme
espérance, où la France verra de nouveau s'épanouir, sur son vieux sol béni déjà
de tant de moissons, la liberté de pensée et de jugement. Alors les dossiers
cachés s'ouvriront ; les brumes [...] se lèveront peu à peu ; et peut-être les
chercheurs occupés à les percer trouveront-ils quelque profit à feuilleter,
s'ils le savent découvrir, ce procès-verbal de l'an 1940."