Depuis la parution de Modèle réduit ( P. O. L., 1999) les livres de Danielle
Mémoire décrivent le territoire problématique du Corpus, immense et – on le
devine – interminable chantier littéraire dont chaque ouvrage publié dévoile un
peu mieux la complexité en même temps qu’il l’accroît.
Ses supposés auteurs en sont également les personnages, ce qui ne simplifie pas
leur situation, ni celle de ses lectrices et lecteurs. Dans les salons
d’intemporels châteaux, en usant d’un français que ne désavoueraient ni
Saint-Simon ni Mme de Sévigné, les auteurs sont essentiellement occupés à
discuter du Corpus, parfois même à s’affronter en revendiquant sa paternité.
Pour suranné que puissent paraître le cadre et le ton de ces colloques, il ne
faut pas s’y tromper : c’est aux enjeux de l’écriture la plus contemporaine que
s’attachent les livres de Danielle Mémoire. Chacun d’eux consiste en une
méthodique (et ludique) entreprise de mise à jour des impensés sur lesquels
repose la fiction littéraire, notamment en une mise en crise du statut de
l’auteur qui fait écho aux travaux pionniers de Roland Barthes et Michel
Foucault. Tout ceci opéré avec une ironique élégance et une implacable lucidité.
Ce faisant, Danielle Mémoire postule l’intelligence de ses lectrices et
lecteurs, un pari à tout le moins... pascalien. C’est avec un parfum (faussement
?) pirandellien que ce Vingt-trois auteurs en quête de personnage prolonge ces
questionnements.