Grada Kilomba analyse de courts témoignages de femmes noires, qui parlent de la
famille, du couple, ou des images qui leur sont attachées. Elles racontent le
racisme dit « ordinaire » - ces remarques, gestes, actions, aux conséquences
psychologiques réelles. Car pour l'autrice, le racisme ordinaire n'est pas un
événement isolé ou ponctuel : c'est une exposition constante qui fait revivre
des scènes d'un passé colonial, et mêle passé et présent. Quel est le poids de
l'histoire, le poids d'être classé·e comme « Autre » dans une société où la
blanchité est la norme ? Comment devenir sujet après avoir été marginalisé·e ?
Comment dire ce qui a été mis sous silence ? Dans cet essai influencé par la
pensée de Frantz Fanon et devenu référence internationale dans les études
postcoloniales, l'autrice n'est pas celle qui est décrite : c'est elle qui
parle. D'objet d'étude, elle en devient le sujet - et s'interroge : Qui peut
parler ? Qui peut produire du savoir ? Il est urgent de penser à des stratégies
pour décoloniser le savoir, la parole et nos imaginaires. «Une intervention
importante et innovante» (Paul Gilroy) GRADA KILOMBA est psychologue,
professeure d'université et artiste. Elle enseigne et travaille sur les
questions postcoloniales et les études de genre. Ses installations artistiques
ont été exposées à Berlin, São Paulo, New-York, et dans le monde entier.