Mémoires de l’Enclave
Paru pour la première fois en 1986,de Jean-Paul Goux est aujourd’hui considéré
comme un ouvrage fondateur de la littérature d’enquête contemporaine. Après plus
d’un an de résidence dans le Pays de Montbéliard, le jeune romancier livrait une
analyse éblouissante de la condition des ouvrières et des ouvriers de cette
région industrielle de l’est de la France, touchée de plein fouet par la crise
économique et la désindustrialisation. L’ouvrage s’appuyait sur une vaste
documentation écrite, mais aussi sur des entretiens menés par l’écrivain pendant
son séjour. Des femmes et des hommes, qui avaient travaillé pour les entreprises
de la région, s’y livraient et tentaient de dire le poids du travail en usine et
celui de la peine. Ils évoquaient aussi la mémoire des luttes ainsi que les
différentes formes d’un contrôle social omniprésent dans une région marquée par
le paternalisme des grandes familles de l’industrie, Japy et Peugeot en tout
premier lieu. Transcrites et intégrées par l’écrivain dans une vaste composition
polyphonique, ces bribes de vie formaient la trame d’un récit toujours aussi
puissant.L’édition critique ici proposée éclaire la généalogie, les sources, les
intentions de l’ouvrage et le replace dans son contexte. Elle est accompagnée de
documents et d’un riche dossier photographique qui donne à voir le travail
remarquable réalisé par Gilles Choffé, un photographe amateur qui a accompagné
Jean-Paul Goux dans son exploration de « l’Enclave ». Sous nos yeux ressurgit un
monde méconnu et disparu que l’écrivain est parvenu à sauver du néant et de
l’oubli.