« Vous n’arriverez pas à me dégoûter de la guerre. On dit qu’elle détruit les
faibles, mais ils sont foutus aussi en temps de paix. Au moins, la guerre
nourrit mieux son homme. » proclame sans relâche Mère Courage, que rien ne
parvient à détourner de sa quête, pas même la perte de ses enfants.
Alors que la Guerre de Trente Ans fait rage partout en Europe, Mère Courage tire
inlassablement sa carriole sur les routes en suivant les troupes pour vendre sa
marchandise. Elle est prête à tout sacrifier pour gagner quelques sous et tirer
profit de la guerre. Cette pièce, dont la portée dépasse son contexte
historique, donne à penser les mécanismes mercantiles qui prévalent dans les
conflits, la condition humaine dans sa précaire absurdité en temps de guerre.
Cette pièce est emblématique de l’œuvre dramatique de Brecht et de son analyse
des mécanismes humains et économiques induits par les dérives capitalistes.
Frédéric Lordon y lit une réflexion sur les transformations d'une économie
morale caractéristique de la révolution anthropologique de l'individualisme en
temps politiques mis à vif par une économie de guerre.
Son essai sera suivi de la pièce de Brecht et d’une note historique de la
traductrice, Irène Bonnaud.