Nioques russophone. Poétiques déplacées. Un numéro dirigé par Pavel Arsenev et
coordonné par Nathalie Quintane Cette brève anthologie de poésie en langue russe
porte pour titre "Les poétiques déplacées ». En effet, les 6 poètes — 3
poétesses, 3 poètes — sont toutes et tous exilé.e.s, certains avant même
l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine. Elles et ils ont donc mis leur
langue à l’épreuve de déplacements (puisque ce sont des poètes) mais aussi de
dépaysements forcés — et à l’épreuve de la guerre. On peut ainsi parler de
géopositions de la parole ayant contribué à produire une réflexion théorique
riche, qui leur permet de repenser à nouveaux frais l’apport des avant-gardes
poétiques (et soviétiques) du début du XXe siècle — ce dont ce numéro profite
largement. Ces relations complexes avec la langue en général en tant que médium
et avec la langue russe en particulier ne peuvent désormais qu’exister dans un
champ conflictuel — il est fini le temps de la « grande culture » ou celui des
vitrines festives. Elles exigent ainsi des accents politiques clairs : ces
poètes font politiquement de la performance, des installations, du théâtre ;
bref, ils font politiquement de la poésie, et ont donc toute leur place dans
Nioques, que ce soit par la traduction de textes de et par les « agents
étrangers » (Medvedev) ou le récit de l'histoire post-soviétique d'un point de
vue minoritaire et résistant (Tchukchrov), la remise en question des fondements
métaphysiques de la politique coloniale et répressive de la Russie (Fanailova)
ou l'archéologie de la « décomposition dynamique de la langue » (Nougatov).
Finalement, il ne s'agit pas seulement de clarifier les relations avec la langue
(non)maternelle, qui est écartée, se retrouvant dans les langues d'agression
(Arsenev), mais aussi d'établir des nouveaux liens par les poémigrants dans un
contexte multilingue (Krasnoper).