Un homme, dans la dernière phase d'une maladie mortelle, est prostré sur un lit
d'hôpital. Il ne doit cesser de penser, sous peine de mourir : "Un vide dans ma
tête aurait l'effet d'une embolie." Le père, la mère, des vieux dont il
s'occupait, le personnel soignant se succèdent à son chevet ; les bruits du
monde lui parviennent par la télévision, les bribes de conversation dans le
couloir. Lui ne pense qu'à Muriel, sa femme. Un monde se reconstruit. Souvenirs,
peurs, obsessions, délires remontent en désordre, là, devant nous, sur la page,
sur l'écran d'une conscience bouleversée, portée à son point d'incandescence.
L'homme parvenu à cet état limite est le maître d'un étrange ballet où les
danseurs qu'il convoque sortent des coulisses de la mémoire, changent de
partenaires et dansent avec les ombres. C'est l'instant où la vie et la mort se
font face, se défient et s'enlacent, c'est l'instant où s'accouplent l'obscène
et le sublime.