La brièveté de son oeuvre (3326 vers seulement) et de sa vie (il disparaît vers
l'âge de trente ans, en 1463) a fait de Villon une légende. Pourquoi ses vers
hantent-ils nos mémoires depuis plus de cinq siècles ? Villon : une poésie du
quotidien. Lui qui a connu la prison et côtoyé la mort, parle d'expérience. Il
est temps pour lui de régler ses comptes. "Je, François Villon" : le caractère
autobiographique assumé, dans une revendication de tous les excès, nous frappe
par sa modernité et son audace. A l'opposé de l'amour courtois, Villon est un
amoureux de Paris, du Paris nocturne des mauvais garçons et des filles de
mauvaise vie, des déambulations et des tavernes, où riches et pauvres, jeunes et
vieux, hommes et femmes sont fondus dans une même mélancolie. "Mais où sont les
neiges d'antan ?" Poésie de l'universel : celle du bonheur fugace et de l'amour
éphémère. Poésie du corps, matérialiste et profane, qui célèbre la vie sans
craindre la mort. "Autant en emporte le vent !" Sous l'apparente simplicité de
ses vers se cachent une complexité formelle et une profondeur de sens, où le
lyrisme côtoie la satire, où l'ironie allège tout ce qui pèse, dans le grand
éclat de rire du pendu. Au-delà de la légende du poète maudit, écoutons la
beauté entêtante de sa poésie.