Dans ce recueil d’études où s’est condensée, au fil des dernières années, sa
réflexion, Henri Maldiney se propose de penser ensemble l’énigme de l’humanité
et l’énigme de la «catastrophe» qui survient à certains d’entre nous. Double
décentrement de la pensée, qui la met à la fois hors de l’anthropologie,
fût-elle philosophique, et de son envers dans les théories psycho-pathologiques.
Double décentrement où s’éprouvent donc au mieux la tradition philosophique et
en particulier celle qui est issue de Heidegger et la tradition de la
Daseins-analyse et de la Schicksalsanalyse, telle qu’elle est représentée par
Binswanger, Straus, Minkowski, von Weizsäcker et Szondi.
Dans une démarche authentiquement phénoménologique, où il s’agit de retourner à
la «chose même» de l’humain et de la folie, de penser en va-et-vient de l’énigme
à penser à ce qui en a été dit, Henri Maldiney dégage, par sa conception toute
nouvelle de la transpossibilité et de la transpassibilité, une «compréhension»
globale du phénomène humain qui le rend moins intraitable que par le passé. Le
«séisme» de la folie, montre-t-il, vient d’un énigmatique court-circuit de la
transpossibilité et de la transpassibilité, qui est seul propre à les mettre
véritablement en relief comme la dimension profonde et cachée de notre
expérience: celle de l'«événement» ou de l’émergence du nouveau, de la surprise
de l’inattendu. La transpassibilité est une «possibilité» qui nous excède, en ce
qu’elle fonde toute possibilité pour nous d’exister, parce qu’elle est en deçà
de tout projet, transpossibilité de l’accueil – et de l’accueil transpassible –,
y compris de l’accueil par nous-mêmes, de nous-mêmes. «Le réel répète Henri
Maldiney comme un leitmotiv qui traverse tout l’ouvrage –, est toujours ce qu’on
n’attendait pas».