Pétrarque (1304-1374) est un monument de l’histoire littéraire. Codificateur du
sonnet, auteur de la plus importante correspondance du Moyen Âge, philosophe
moral et spirituel, il est sans doute l’écrivain le plus imité depuis la
Renaissance, de Ronsard à Beckett. À propos de cette œuvre révolutionnaire, tout
ou presque semble avoir été écrit. Et pourtant, elle dissimule ce qui la fonde
et qui se révèle par la lecture minutieuse des manuscrits et des archives du
XIVe siècle : le portrait d’une famille italienne au temps de la peste, de la
papauté d’Avignon et des conflits entre guelfes et gibelins.
À travers l’évocation de ses ancêtres, de son père et de sa mère, aux côtés de
son frère qui l’abandonne pour devenir moine chartreux, en rêvant à Laure, la
femme aimée qui lui tient lieu d’épouse spirituelle et rend invisibles d’autres
compagnes, mais aussi dans ses rapports complexes avec son fils, sa fille et le
cercle de ses amis lettrés, Pétrarque invente une famille d’encre et de papier
dont il est le centre.
Construit comme un roman choral, cet essai raconte la vie de ces femmes et de
ces hommes qui ont façonné la figure du premier écrivain moderne. En croisant la
sociologie historique, l’anthropologie de la parenté et la poétique, il montre
que l’histoire familiale n’est jamais qu’une affaire de récit et que la
littérature est toujours une affaire de famille.
Étienne Anheim est historien, directeur d’études à l’EHESS. Ancien membre de
l’École française de Rome, il a dirigé les Annales et les Éditions de l’EHESS.
Ses travaux portent sur l’histoire sociale et culturelle de la fin du Moyen Âge
et sur l’historiographie et l’épistémologie de l’histoire.