L'an quarante : les Allemands finissent par attaquer. Sartre, qui mettait (en
uniforme) la dernière main à son second roman, se retrouve prisonnier sans avoir
tiré un seul coup de feu. C'est ainsi qu'ont commencé pour lui, en contrebas de
la ligne bleue des Vosges, les chemins d'une captivité qui devait le conduire en
Allemagne, où, dans la ville natale de Marx, Trèves, le Stalag XII D lui réserve
une révélation qui justifiera sans réserve le déplacement. C'est en effet là,
dit-il, qu'il aurait - enfin - découvert le réel (la paix est finie), là qu'il
se serait - enfin - réveillé d'un sommeil de près de quarante ans. "La guerre
m'a ouvert les yeux", devait-il confier plus tard à divers journalistes. Mais
personne, et surtout pas lui, ne s'était aperçu qu'il les avait gardés fermés
jusque-là. Se réveille-t-on d'un réveil ? Et comment réveiller réellement celui
qui ne fait que s'imaginer dormir ? Comment ouvrir des yeux qui sont déjà
ouverts ? Ce livre essaie, entre autres, de décrire certaines des difficultés
qu'ont posées à Sartre ses réveils, du fait qu'il n'a jamais trouvé le temps de
s'endormir avant que l'heure n'en sonne." Denis Hollier.